
« Chère Algérie » Je fais comme tous ceux qui partent J'ai choisi pour t'écrire, ma chère Algérie D'un café borgne Tout près de la gare Mon sac posé à mes pieds Les yeux fixant la rue Dans ma poche un billet Dans mon cœur le regret... Quoi t'écrire? Quoi te dire? Ce terrorisme me fait peur Ces explosions, ces kamikazes Qui sèment la terreur! J'en ai assez de cette guerre Assez de morts! Assez d'enterrements! Assez d'orphelins! Assez de pleurs! Mon cœur a si mal... Les mots sont très lourds Pour cette feuille... J'espère que ma lettre se perdra... Entre la boite postale Et le sac du facteur... Cela t'évitera des larmes Superflues... Ne pleure pas, ma chère Algérie Car j'ai déjà pleuré Pour nous deux... Et je pleurerai Encore chemin faisant Et à chaque fois Que j'entendrai Prononcer ton nom, E-l-D-J-A-Z-A-I-R Ne pleure pas, ma chère Algérie Car je me suis déjà pleurée moi Pour que tu n'aies pas à me pleurer... Je fais comme tous ceux qui partent Je me suis levée De bonne heure Sans avoir vraiment dormi Et maintenant Je pense à quoi écrire Quoi dire avant de partir Te demander pardon serait ridicule! Les minutes s'écoulent... Je dois me décider Ah! J'y pense Je ferais mieux de t'envoyer Le billet du train Et m'acheter un autre Tu comprendras sans peine... Mais non, je devrais t'écrire. M'expliquer? Expliquer quoi? Te dire pourquoi j'ai choisi De partir.. Tu le sais... à quoi bon te Le dire? Mais je vais faire Comme si tu ne le savais pas Mes rêves sont trop grands Et ma bourse trop petite Mes pas sont trop lents Et le temps va trop vite... Ça te suffit comme explication? Tiens! Je rêvais que Je te quittais Puis Je me suis Vu moi Dans le cimetière Cherchant mon nom Sur les pierres tombales Et je ne m'y suis pas trouvée... Pourquoi pleurais-tu ? Jusqu'à me faire croire Que j'étais morte? Tiens! C'est encore un rêve Je me vois assise Devant la porte de ta maison Tu sors sans voir que c'est moi... C'est drôle! Tu me donnes une pièce de monnaie Et tu refermes la porte ... Tiens! Encore un rêve ... Le facteur m'apporte Une lettre Je l'ouvre, je la lis... C'est un « faire-part » Que tu m'envoies Tu m'invites A mon enterrement Y' aller, ne pas y aller... Je ne sais pas, J'hésite! Tout compte fait, J'y viens En tous les cas on ne meurt Qu'une seule fois Et ce serait un affront Que te décevoir.. J'entre dans la grande pièce Et je te trouve Tout de blanc vêtue Tu ris, tu as l'air heureuse Je ne comprends rien Tu me montres le cercueil Je l'ouvre... Et je nous trouve tous les deux Tous les deux couchés dans Le même cercueil Dehors, les enfants chantent en chœur «Main dans la main ils sont heureux! «Tahiya El Djazaïr!«Tahiya El Djazaïr!» «Qassaman!» «Min Djibalina!» «Mawtini!» Et je me réveille encore... Pour replonger Dans un autre rêve: Je me vois attablée à mon bureau Il est midi passé... Je suis seule... Je me vois triste, Plus triste que la veille C'est triste d'être triste Même dans le rêve Je veux me réveiller De ces rêves Ces rêves où Je te vois toujours lointaine... Des rêves où je ne vois pour décor Que des gares, des gares, des gares Des quais, des trains qui partent... Et moi toujours désireuse de partir Partir seulement, partir... Viens me réveiller De ces rêves Donne-moi une raison de rester...
Ne me laisse pas mourir s'il te plaît Une raison d'aimer, la vie Apprends-moi tout de toi Car. J'ai tout désappris. Ma bien aimée Algérie Bref... J'ai fini mon rêve... Heu! Ma lettre dans mon rêve. Ma lettre et mon rêve, Les deux enfin! Je me lève pour t'embrasser Prends soins de toi ALGERIE! Restes en vie, ne meure pas Pour moi, pour toi Pour ton peuple, il t'aime! Je t'aime.
Lahouaria Nassima Chérif
Ne me laisse pas mourir s'il te plaît Une raison d'aimer, la vie Apprends-moi tout de toi Car. J'ai tout désappris. Ma bien aimée Algérie Bref... J'ai fini mon rêve... Heu! Ma lettre dans mon rêve. Ma lettre et mon rêve, Les deux enfin! Je me lève pour t'embrasser Prends soins de toi ALGERIE! Restes en vie, ne meure pas Pour moi, pour toi Pour ton peuple, il t'aime! Je t'aime.
Lahouaria Nassima Chérif

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